Faire le portrait photographique de la ville, voilà ce qui semble tenir de la gageure! Car la cité n'est pas une personne qui pose sereinement devant l'objectif. La ville, enjeu spatial où le paraître est perpétuellement en jeu, se présente sous la forme d'une multitude de faces et de profils.
Pour le photographe confronté au paysage urbain, plusieurs questions se posent.
Comment faire parler la ville à travers le mutisme des images? Quelles représentations donner de la cité de nos jours? Et de celle de nos insomnies? Quels sont les choix photographiques pertinents? 
Autrement dit, parmi la horde de détails qui meublent et matérialisent un paysage urbain, quel fragment interpelle le regard du photographe? Qu'est-ce qui déclenche son émotion et son désir de faire image? Quelle disponibilité et quelles dispositions de son esprit de chasseur d’images font qu'il réalise cette photographie-là et non pas telle autre? Quels alibis artistiques ou non dictent son acte de prise de vue?
Le photographe est un citoyen qui ne partage pas forcément les visions et les interrogations de l'architecte, de l'urbaniste, du sociologue ou du décideur politique. Il n'est pas censé connaître, dans le détail, les tenants et les aboutissants des problèmes engendrés par l'extension de la cité. Ses prises de vue devraient plutôt être sous-tendues par la recherche de ce qui représente, à ses yeux, l'essence de la ville. Mais comment atteindre à cette vision épurée, décantée pour ne pas dire distanciée du monde qui l’entoure?
Cela est bien connu, les photographes ont tendance à photographier ce qui est menacé de disparition. Ils se sentent chargés d'une noble mission : celle de sauver de l'oubli. D'où leur sensibilité exacerbée aux thèmes du passé et leur œil attentif aux vestiges du temps, aux rebuts de l'histoire qui percent, ici et là, à travers le tissu urbain extensible de la cité moderne. Dans leur travail sur la ville, on sent bien leurs tiraillements entre la ville d'hier et celle d'aujourd'hui. On comprend la signification des figures qu'ils mobilisent dans leurs images : l’opposition du minéral et du végétal, la ville qui digère le rural, le paradigme de la ruine face à la multiplication à l'excès des signes agressifs de l'urbanité…etc.
Cependant, dans la ville, il ne faut pas oublier qu'il y a la vie, le vécu et l'événementiel sans cesse renouvelés. Le photographe à l'instar de ses concitoyens est d'abord un habitant. Il a ses propres habitudes. Les déambulations du photographe s'inscrivent nécessairement dans un territoire de ritualisation urbaine. Ses images peuvent refléter et garder trace de ces routines
qui ne dérogent point aux trois points d’ancrage qui dictent nos fixations et déterminent nos mouvements dans l'espace urbain : logement, quartier, lieu de travail. Les déambulations du photographe s'inscrivent nécessairement dans un territoire de ritualisation urbaine. Ses images peuvent refléter et garder trace de ces routines.
La ville est à l'image des hommes qui l'ont faite. Entre le chaos et la rationalité de nos cités, entre le hasard et la né-cécité de nos actes il faut faire la part des images.
Je vous invite donc à une petite déambulation photographique dans la vieille médina de Fès telle que nous la voyons aujourd’hui en dehors des clichés, des images d’Epinal et du récitatif touristique.
Je voudrais vous proposer des mots et des images dont l’association ouvre des horizons susceptibles d'augmenter le potentiel d'intelligibilité des problèmes qui pèsent sur l’espace propre à la médina actuelle.

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Selon une étude récente, il ressort que la moitié des bâtiments de la médina sont en «moyen-bon-état» (le «très bon» n’étant pas attesté), 40 % sont touchés par une dégradation inquiétante, 8 % menacent ruine et 2 % ne sont plus que décombres et gravas…
Suite à l’effondrement récurrent de maisons, de boutiques, de mosquées…etc., les autorités ont mis sur béquilles un nombre considérable des rues de la médina. Il n’y a pratiquement pas une seule venelle qui y échappe ! L’habitant de la ville intra-muros a la nette impression d’être tout le temps dans un vaste chantier au milieu d’échafaudages de fortune...

Peut-être que les murs n’avancent plus et que ces bricolages donnent le change en prolongeant indéfiniment l’agonie! Mais comme le dit un architecte : « pour sauver Fès, il ne suffit pas de planter ça et là quelques béquilles sur des murs qui s’écroulent ».

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Interrogée à ce sujet, la population de la médina n’a pas manqué de dire son inquiétude et de crier sa colère! Un habitant est allé jusqu’à comparer ces échafaudages à grande échelle à un jeu géant de mikado! La population, face à cet espace imposé fait de poutres enchevêtrées, se sent impuissante et prisonnière… Tout le monde retient son souffle…de peur de faire trembler ce qui reste encore debout des murs!